Travailler comme intermittent du spectacle, c’est souvent embrasser une vie faite de passion, de création, de projets intenses mais aussi d’incertitude et de rythmes irréguliers. Si ce statut représente une chance pour exercer un métier artistique ou technique, il confronte aussi beaucoup de professionnels à la question de la pérennité de leur carrière. Les aléas du marché, les blessures, la fatigue mentale, le besoin de stabilité ou simplement l’envie d’explorer de nouveaux horizons poussent, chaque année, de nombreux intermittents à envisager leur reconversion. Mais entrer dans un processus de reconversion lorsqu’on est intermittent peut sembler complexe : comment valoriser ses compétences ? Quels métiers permettent de s’appuyer sur son expérience artistique ou technique ? Comment financer sa formation ? Quelles options sont réalistement accessibles après des années dans le spectacle ? Zoom sur les pistes professionnelles les plus cohérentes et les dispositifs financiers mobilisables pour réussir votre transition !
Pourquoi tant d’intermittents envisagent-ils une reconversion ?
La reconversion dans le spectacle n’est pas un phénomène marginal. Elle touche autant les artistes que les techniciens, souvent pour des raisons similaires. Au cours de leur carrière, de nombreux intermittents prennent conscience de leur fragilité professionnelle et ressentent la nécessité de sécuriser leur avenir. La reconversion s’impose alors comme une démarche stratégique, mais aussi comme une opportunité de se réinventer, de mobiliser autrement des compétences acquises dans le spectacle.
La précarité du secteur
Le premier facteur est la précarité du secteur. Les revenus irréguliers, la concurrence, la difficulté à enchaîner suffisamment de contrats pour recharger ses droits et la dépendance aux saisons culturelles peuvent devenir difficiles à gérer sur le long terme. Beaucoup expriment aussi une certaine fatigue physique : danser, chanter, manipuler du matériel scénique, rester des heures en tournage ou en régie finit par user les corps.
De nouvelles aspirations
La vie change : on veut parfois plus de stabilité, un emploi du temps plus compatible avec une vie de famille, un meilleur équilibre vie professionnelle, vie personnelle, ou simplement un métier qui offre une progression plus lisible. Certains intermittents découvrent aussi qu’ils aiment la pédagogie, la coordination, la gestion de projet, la technique ou l’accompagnement et souhaitent développer ces envies dans de nouveaux environnements.
Savoir ce qu’on sait faire : l’étape clé avant toute reconversion
Avant de penser à changer de métier, il est indispensable d’identifier vos compétences, en particulier celles qui dépassent le cadre artistique ou technique :
- Un comédien possède souvent une aisance relationnelle exceptionnelle, une maîtrise de la prise de parole et du travail émotionnel ;
- Un technicien lumière ou son est capable d’organiser un espace, d’anticiper les problèmes, de gérer du matériel complexe et de travailler sous pression ;
- Un danseur développe une discipline remarquable, une capacité à se dépasser, une grande adaptabilité et une résistance mentale importante ;
- Un régisseur est un chef de projet né ;
- Un musicien apprend à écouter, à structurer, à collaborer ;
- …
Ces compétences dites transférables sont précieuses. Elles constituent la base d’un projet professionnel solide et permettent d’envisager une transition vers de nombreux domaines : pédagogie, événementiel, communication, audiovisuel, thérapeutique, numérique, management, artisanat… L’enjeu est de comprendre comment les relier à un métier existant ou à une formation.
À ce stade, l’accompagnement est souvent très utile. Les bilans de compétences permettent d’analyser en profondeur votre parcours. Ils offrent un cadre méthodique pour créer un projet réaliste, aligné avec vos aspirations personnelles et compatibles avec le marché du travail. Le bilan de compétences fonctionne comme un accompagnement structuré qui permet d’analyser votre parcours. Il commence par une phase d’échange pour définir les attentes, puis explore vos compétences, vos motivations, vos valeurs et vos expériences. Des outils comme des tests, questionnaires et exercices d’introspection sont utilisés pour faire émerger vos forces et vos pistes d’évolution. Le bilan se termine par un plan d’action concret et un document de synthèse qui sert de guide pour la suite.
Les options de reconversion les plus naturelles pour un intermittent du spectacle
Si la reconversion est un chemin unique pour chacun, certains univers professionnels attirent particulièrement les intermittents. Ils permettent de capitaliser sur l’expérience acquise tout en proposant de nouvelles perspectives de carrière.
L’enseignement, la formation et la transmission
C’est l’une des voies les plus fréquentes. Beaucoup d’intermittents, notamment artistes interprètes, danseurs, musiciens, circassiens ou comédiens, s’orientent vers l’enseignement. Ils peuvent intervenir dans des écoles spécialisées, des conservatoires, des associations culturelles ou des structures privées. Il ne s’agit pas forcément d’un retour sur scène, mais d’un nouveau rôle : celui d’accompagner, de transmettre une maîtrise, une discipline, une sensibilité. Les intermittents techniciens deviennent parfois formateurs en son, lumière, audiovisuel ou régie dans des écoles professionnelles.
Cette option combine stabilité, sens, horaires plus réguliers et reconnaissance des compétences accumulées au fil des années.
L’animation, la médiation culturelle et l’action sociale
Les structures culturelles recherchent des personnes capables de créer du lien entre œuvres, artistes et publics. Les intermittents trouvent ici un terrain idéal :
- Ateliers ;
- Interventions scolaires ;
- Accompagnement de projets artistiques ;
- Animation de débats ;
- Organisation de rencontres.
Certains se tournent aussi vers l’animation socio-culturelle, l’éducation populaire ou la médiation sociale, notamment lorsqu’ils souhaitent allier art et impact social.
L’événementiel : une continuité logique
Travailler dans le spectacle, c’est gérer des projets : planning, technique, logistique, budget, sécurité, scénographie. Ces compétences sont très recherchées dans l’événementiel, qu’il soit corporate, sportif, institutionnel ou privé. Beaucoup d’intermittents deviennent organisateurs d’événements, régisseurs généraux, chefs de projet, coordinateurs techniques ou consultants en production.
La communication, le marketing et la création de contenu
Les artistes savent raconter, improviser, séduire, convaincre, incarner. Les techniciens maîtrisent l’image, le son, la lumière, la vidéo. Ces atouts trouvent naturellement leur place dans les métiers du numérique et de la communication : création de vidéos, montage, motion design, community management, rédaction, photographie, storytelling, communication interne et externe, gestion de réseaux sociaux. Certains intermittents montent même leur propre studio de production ou agence de communication.
Le coaching, les thérapies et l’accompagnement
La dimension humaine du spectacle ouvre la voie à des métiers d’accompagnement : coaching vocal, coaching scénique, sophrologie, art-thérapie, préparation mentale, relaxation, yoga, thérapies corporelles ou émotionnelles. Les artistes, habitués à travailler sur l’expression, le corps et les émotions, trouvent souvent dans ces métiers un prolongement naturel de leur pratique.
Les métiers techniques spécialisés
Les techniciens du spectacle peuvent se reconvertir dans des secteurs voisins : audiovisuel, cinéma, radio, web TV, photographie professionnelle, scénographie, éclairage architectural, installation sonore, ingénierie du son, métiers du numérique ou de la post-production. Leur savoir-faire très technique est hautement valorisable.
L’entrepreneuriat pour garder en indépendance
Beaucoup d’intermittents préfèrent garder une certaine liberté tout en changeant d’activité. Ils créent alors leur entreprise : atelier d’artisanat, espace bien-être, studio d’enregistrement, agence artistique, structure de production, entreprise événementielle, activité de freelance en communication ou audiovisuel. L’expérience de l’autonomie acquise dans l’intermittence facilite cette transition.
Quels dispositifs pour financer une reconversion quand on est intermittent ?
La question du financement est souvent la principale inquiétude lorsque l’on envisage de changer de carrière. Heureusement, plusieurs dispositifs d’aide à la reconversion existent pour accompagner les intermittents du spectacle…
Le CPF
Ce dispositif fonctionne comme une cagnotte de droits à la formation, que chacun accumule chaque année en travaillant.
Pour une reconversion, vous pouvez utiliser ces droits pour financer un bilan de compétences, une formation qualifiante, un diplôme ou une certification reconnue. Il suffit de vous connecter sur votre compte Mon Compte Formation, de choisir une formation éligible et de vous y inscrire directement.
Si le montant de votre cagnotte ne couvre pas tout, il est possible de demander un financement complémentaire à France Travail ou à un opérateur comme Transitions Pro. Une fois l’inscription validée, la formation est financée et vous recevez toutes les informations pratiques. C’est un dispositif simple, individuel et sécurisé qui vous permet d’avancer concrètement vers un nouveau métier sans dépendre d’un employeur.
Le Projet de Transition Professionnelle
Le Projet de Transition Professionnelle (PTP) est particulièrement intéressant pour ceux qui envisagent une reconversion longue et certifiante. Il permet de financer une formation tout en maintenant une rémunération, sous conditions d’éligibilité.
À la date supposée d’entrée en formation, vous devez justifier d’une ancienneté de 220 jours ou cachets sur les 2 à 5 dernières années et remplir l’une des conditions suivantes :
- Pour les techniciens du spectacle enregistré (audiovisuel, ciné, radio…) : 130 jours sur les 24 derniers mois ou 65 jours sur les 12 derniers mois ;
- Pour les techniciens du spectacle vivant (théâtre, musique, danse…) : 88 jours sur les 24 derniers mois ou 44 jours sur les 12 derniers mois ;
- Pour les artistes du spectacle (13 métiers réglementés L7121-2) : 60 jours ou 60 cachets sur les 24 derniers mois ou 30 jours ou 30 cachets sur les 12 derniers mois.
La demande de prise en charge doit être adressée dans les 4 mois suivant la fin de votre dernier contrat de travail ou mission. La formation doit débuter au plus tard 6 mois après le terme du dernier contrat de travail ou de mission.
L’AFDAS
L’AFDAS est l’opérateur de compétences des secteurs de la culture, des industries créatives, des médias, de la communication, des télécommunications, du sport, du tourisme, des loisirs et du divertissement.
Les aides AFDAS jouent donc un rôle majeur dans un projet de reconversion lorsque l’on est intermittent. Elles concernent spécifiquement les artistes et techniciens du spectacle, et finance de nombreuses formations liées au spectacle mais aussi des reconversions plus larges, notamment dans la pédagogie, l’audiovisuel, le numérique, la gestion de projet ou la communication.
France Travail
France Travail peut aussi intervenir via l’AIF (Aide Individuelle à la Formation) ou des financements régionaux. Les régions proposent en effet des parcours de reconversion pour les demandeurs d’emploi, notamment dans les métiers en tension.
La VAE
La Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) permet de transformer une expérience professionnelle en diplôme reconnu. Cette option peut être très pertinente pour valider un niveau Bac+2, Bac+3 ou Master sans reprendre d’études longues.
Construire un projet réaliste : les étapes essentielles
La réussite d’une reconversion tient rarement du hasard. Pour un intermittent, elle repose sur plusieurs étapes clés qui permettent de passer d’une idée vague à un nouveau métier concret.
Etape 1 : le bilan personnel
La première consiste à faire un bilan personnel :
- Qu’est-ce qui vous attire aujourd’hui ?
- Quels aspects du métier actuel souhaitez-vous garder ou abandonner ?
- Quel équilibre de vie recherchez-vous ?
- Quelle importance donner à la stabilité financière ?
Etape 2 : l’analyse des compétences
Ensuite vient l’analyse des compétences. Cette phase permet d’identifier ce que l’on sait faire, mais aussi ce que l’on souhaite apprendre. Elle peut se faire seul, mais le soutien d’un consultant en bilan de compétences ou d’un conseiller AFDAS facilite grandement la démarche.
Etape 3 : se renseigner sur les métiers visés
Il est ensuite essentiel de se renseigner sur les métiers visés : réalité du marché, secteurs qui recrutent, salaires, conditions de travail, débouchés, formations nécessaires, témoignages…
Les immersions professionnelles ou les périodes de mise en situation en milieu professionnel (PMSMP) proposées par France Travail permettent de tester un métier de manière concrète pendant quelques jours.
Etape 4 : se former
La phase suivante est celle de la formation. Selon la reconversion envisagée, il peut s’agir d’un cursus court de quelques semaines ou d’une formation diplômante de plusieurs mois. L’objectif n’est pas d’accumuler des diplômes, mais d’acquérir les compétences manquantes pour être crédible sur le marché du travail !
Etape 5 : préparer son insertion professionnelle
Enfin, il faut préparer son insertion professionnelle : CV, LinkedIn, lettre de motivation, portfolio, réseaux, candidatures ou développement d’une activité indépendante… Les intermittents sont souvent très doués pour se vendre, créer du réseau et rebondir. Ces qualités deviennent de véritables atouts !
