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Changer de vie professionnelle est un moment souvent marquant. On quitte une ancienne identité, un cadre connu, des habitudes rassurantes, pour s’élancer vers quelque chose de neuf, d’ambitieux, et de plus en plus souvent, plus proche de ses aspirations profondes. De nombreux adultes, après des années passées dans le commerce, la communication, l’enseignement, le soin ou les ressources humaines, ressentent l’envie de comprendre l’humain autrement, de l’aider, de lui permettre de surmonter ses difficultés. Dès lors, la psychologie attire par sa dimension profondément humaine, mais aussi par son exigence intellectuelle et son ancrage scientifique. Pourtant, devenir psychologue ne s’improvise pas. La profession est réglementée, protégée et structurée autour d’un parcours universitaire long, qui peut intimider. Alors, quelles sont les étapes pour devenir psychologue ? Quels sont les obstacles, les opportunités à saisir ? Zoom sur tout ce qu’il faut savoir pour effectuer ce changement majeur.

Comprendre ce que signifie devenir psychologue

Avant de se lancer, il est indispensable de savoir précisément de quoi l’on parle. Le titre de psychologue est un titre protégé en France. On ne peut pas l’utiliser librement, ni l’obtenir via une formation courte ou privée, même si elle est très coûteuse ou très connue. 

Pour être psychologue, il faut obligatoirement valider un master universitaire en psychologie, ou un diplôme étranger reconnu comme équivalent. C’est une garantie pour le public mais aussi pour la profession : la formation est rigoureuse, exigeante, longue, et elle assure que les psychologues disposent des outils nécessaires pour accompagner des personnes parfois très vulnérables.

Le métier, en lui-même, peut prendre des formes très diverses : 

  • Le psychologue clinicien accompagne les personnes en souffrance psychique, qu’il s’agisse d’anxiété, de traumatisme, de difficultés émotionnelles ou relationnelles ;
  • Le psychologue du travail analyse les dynamiques professionnelles, prévient les risques psychosociaux et contribue au bien-être organisationnel ;
  • Le neuropsychologue étudie le fonctionnement cognitif, réalise des bilans et accompagne des personnes ayant subi des accidents cérébraux, des troubles cognitifs ou des maladies neurodégénératives ;
  • Le psychologue scolaire soutient enfants et parents dans le cadre éducatif ;
  • Le psychologue social étudie les processus mentaux impliqués dans les comportements humains liés aux interactions sociales.

La psychologie est donc une discipline riche, composée de champs très différents, avec chacun ses méthodes, ses outils et ses finalités.

Dans tous les cas, ce métier utile aux autres repose sur trois piliers : 

  1. Une approche scientifique solide ;
  2. Une éthique irréprochable ;
  3. Un sens profond de l’humain.

Les conditions légales à connaître avant de se reconvertir en psychologie

Pour exercer, il faut donc obtenir un master en psychologie. Ce diplôme, qui correspond à un niveau Bac+5, s’accompagne d’une série d’exigences, notamment des stages obligatoires en Master 1 et en Master 2. Ces stages représentent plusieurs centaines d’heures de pratique et permettent d’acquérir une véritable expérience de terrain. Enfin, une fois diplômée, le future psychologue doit s’inscrire au registre ADELI, auprès de l’Agence Régionale de Santé. C’est cette inscription qui l’autorise légalement à exercer.

Ce cadre peut sembler lourd lorsque l’on envisage une reconversion professionnelle. Pourtant, il garantit une formation complète, sérieuse et reconnue, ce qui est essentiel pour travailler dans un métier où la responsabilité humaine est immense.

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Les voies possibles pour se reconvertir : université, VAE, enseignement à distance

L’université

La voie la plus classique, et de loin la plus utilisée, consiste à reprendre des études à l’université. Cela implique souvent de recommencer par la licence de psychologie. La durée habituelle est de trois ans, suivis de deux années de master. Cependant, les personnes en reconversion disposent de certaines passerelles. Si vous possédez déjà un diplôme Bac+2 ou Bac+3, il est parfois possible d’entrer directement en deuxième ou en troisième année de licence, après examen de votre dossier. Les universités évaluent alors la cohérence de votre parcours, vos acquis et votre motivation.

L’enseignement à distance

Quelques universités proposent désormais une option d’enseignement à distance. Cette modalité est particulièrement appréciée par les adultes qui travaillent, ont des responsabilités familiales ou ne peuvent pas se déplacer. Les cours y sont souvent de grande qualité, avec des plateformes dédiées, des vidéos, des lectures guidées et un accompagnement pédagogique. L’enseignement à distance demande toutefois beaucoup d’autonomie et une grande discipline.

Et la VAE ?

Contrairement à ce que l’on imagine parfois, il n’existe pas de VAE permettant de devenir psychologue. Même si certaines expériences professionnelles peuvent être valorisées pour valider partiellement une licence, la formation clinique du master doit être suivie intégralement. Cela signifie qu’aucune expérience, même longue, ne peut remplacer les cours, les stages, la supervision ou le mémoire de master. C’est une particularité importante qui distingue la psychologie d’autres métiers accessibles par VAE.

Reprendre une licence de psychologie quand on est adulte

Reprendre une licence à 30, 40 ou 50 ans peut sembler intimidant au début, mais de nombreux adultes y parviennent très bien. Les universités sont aujourd’hui habituées à accueillir des profils variés, avec des parcours parfois très éloignés du champ psychologique. 

Les premières années de licence permettent d’acquérir les bases : 

  • Histoire de la psychologie ;
  • Psychologie cognitive ;
  • Psychologie sociale ;
  • Psychologie du développement ;
  • Neuropsychologie ;
  • Psychopathologie ;
  • Méthodologie de la recherche ;
  • Statistiques.
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Ceux qui ont déjà étudié les sciences humaines ou les métiers du soin peuvent parfois intégrer une deuxième ou troisième année. Cela permet de réduire le temps de formation, même si un retour complet en L1 peut parfois être conseillé pour consolider les fondamentaux.

La plupart des étudiants en reconversion conservent leur activité professionnelle pendant la licence. Cela demande une organisation rigoureuse, surtout en formation à distance. Les trois premières années, bien que denses, restent compatibles avec une vie professionnelle et personnelle.

Le Master : l’étape la plus exigeante et la plus sélective

C’est véritablement en master que la psychologie devient professionnalisante. Depuis la réforme, l’accès au master est sélectif, ce qui signifie que même les étudiants ayant validé leur licence ne sont pas automatiquement acceptés. Les universités étudient attentivement les dossiers. Elles regardent les résultats, bien sûr, mais aussi : 

  • La motivation ;
  • La cohérence du projet ;
  • Les expériences professionnelles ou bénévoles ;
  • Les stages effectués ;
  • Les lettres de recommandation éventuelles ;
  • Les entretiens…

Pour les adultes en reconversion, cette étape est souvent plus accessible qu’on ne le croit. La maturité, la motivation et la clarté du projet professionnel sont de véritables atouts. Beaucoup de psychologues aujourd’hui racontent que les reconvertis font partie des étudiants les plus engagés, les plus sérieux et les plus investis de leur promotion.

Le master, néanmoins, représente une charge de travail importante. Les cours deviennent plus spécialisés, les stages obligatoires demandent du temps, les rapports et le mémoire exigent une grande rigueur. C’est une période intense, souvent passionnante, mais qui nécessite parfois d’alléger son activité professionnelle ou de se consacrer entièrement aux études.

Trouver sa place sur le terrain : stages, immersion, expérience

Dès la licence, il est possible, et même recommandé, de chercher des stages d’observation ou de s’investir dans des associations. Même quelques heures par mois dans une structure sociale, un établissement de santé, une ligne d’écoute ou une association d’aide peut déjà offrir un premier contact précieux avec le terrain.

En master, les stages deviennent un enjeu central. Ils sont longs, très encadrés, et constituent la première véritable immersion dans la pratique professionnelle. Le stage permet de : 

  • Découvrir une institution ;
  • Comprendre les postures à adopter ;
  • Apprendre l’écoute clinique ;
  • Commencer à développer des compétences pratiques. 

Il offre également la possibilité de constituer un réseau, ce qui est essentiel pour l’insertion professionnelle future.

Choisir sa spécialité : un moment décisif

Le master oblige à choisir une spécialité. Ce choix détermine la manière dont vous exercerez plus tard. 

  • Certains se tournent vers la psychopathologie clinique parce qu’ils souhaitent accompagner des personnes en consultation ;
  • D’autres privilégient la neuropsychologie, attirés par la compréhension du cerveau et l’évaluation cognitive ;
  • La psychologie du travail attire celles et ceux qui veulent intervenir en entreprise ou dans les organisations ;
  • La psychologie du développement intéresse ceux qui souhaitent travailler avec les enfants.

Ce choix doit être réfléchi, nourri par la formation, par les lectures, par les stages et par ce qui résonne en vous.

Après le diplôme : institutions, libéral

Un psychologue peut travailler dans de très nombreux environnements : 

  • Hôpitaux ;
  • Institutions médico-sociales ;
  • Services de l’État ;
  • Etablissements scolaires ;
  • Associations ;
  • Entreprises ;
  • EHPAD ;
  • Centres de rééducation.
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Il est également possible de s’installer en libéral immédiatement après obtention du diplôme. Beaucoup choisissent de travailler en institution quelques années avant d’ouvrir leur cabinet, mais certains se lancent dès la sortie de l’université. L’installation en libéral demande de créer son statut, de trouver un cabinet, de développer sa patientèle et de continuer à se former. C’est une voie plus indépendante, plus exigeante sur le plan entrepreneurial, mais aussi très valorisante.

Quels défis surmonter pour se reconvertir en tant que psychologue ?

La reconversion en psychologie comporte des défis particuliers. 

Une durée d'étude importante

Le premier défi réside dans la durée des études, qui est de 5 ans. Ce parcours demande une constance et une discipline que l’on ne trouve pas dans toutes les reconversions. 

Une dimension scientifique

Un autre défi est la dimension scientifique des études. La psychologie ne se limite pas à l’écoute empathique : elle repose sur une méthodologie rigoureuse, sur des analyses statistiques, sur la lecture d’articles de recherche. Cela peut surprendre certains étudiants mais contribue à la richesse de la discipline.

Un impact émotionnel fort

La psychologie touche à la souffrance humaine, à ses complexités, à ses zones les plus vulnérables. Toute la journée, vous êtes confronté à des problèmes variés : burn-out, dépression, victimes d’inceste, victimes de violences conjugales… 

Les psychologues doivent parfois entreprendre un travail personnel pour aborder cette dimension en toute sécurité, avec justesse et sans confusion.

Les dispositifs pour se reconvertir en tant que psychologue

Le CPF

Le premier dispositif auquel les candidats pensent souvent est le Compte Personnel de Formation (CPF). Il s’agit d’une réserve en euros accumulée au fil des années de travail, et qui permet de financer des formations certifiantes. Toutefois, contrairement à une idée répandue, le CPF ne finance pas directement les licences ou les masters universitaires de psychologie, car ce sont des diplômes nationaux qui ne sont pas intégrés au catalogue CPF. 

Cela peut décevoir au premier abord, mais le CPF garde néanmoins toute son utilité, notamment pour financer des remises à niveau, des modules préparatoires, des formations méthodologiques en statistiques ou en rédaction scientifique, ou encore des bilans de compétences avant de se lancer. Pour certains, le CPF devient un levier précieux pour préparer sereinement un retour aux études, surtout lorsqu’on est éloigné du monde universitaire depuis longtemps.

Le PTP

Le dispositif le plus puissant pour changer totalement de domaine reste cependant le Projet de Transition Professionnelle (PTP), anciennement CIF (Congé Individuel de Formation). Il s’adresse précisément aux salariés qui souhaitent quitter leur secteur actuel pour se former à un nouveau métier. Le PTP peut financer une formation longue, y compris universitaire, à condition que le projet soit cohérent, solide et argumenté. 

Dans le cadre d’une reconversion vers la psychologie, il est ainsi possible de demander un financement pour une licence ou un master, tout en bénéficiant du maintien total ou partiel du salaire pendant la durée de la formation. Ce dispositif exige la constitution d’un dossier rigoureux, dans lequel le candidat doit expliquer la pertinence de sa reconversion, sa motivation, son plan de formation et ses perspectives d’insertion. C’est un processus parfois exigeant, mais qui représente une opportunité exceptionnelle pour ceux qui souhaitent se consacrer pleinement à leurs études sans mettre en péril leur stabilité financière.

France Travail

France Travail peut soutenir certains projets en finançant des frais annexes, en accordant une allocation pendant la formation, ou en facilitant l’accès à des formations complémentaires. Même si France Travail ne finance pas directement un diplôme universitaire, il joue un rôle essentiel dans la sécurisation du parcours, notamment à travers des accompagnements spécifiques à la reconversion.

Les financement locaux

Il existe également la possibilité de solliciter des financements locaux. Certaines régions proposent des aides à la formation longue, notamment dans les domaines du soin, du social ou du médico-psychologique. Les dispositifs régionaux changent régulièrement, mais ils peuvent parfois prendre en charge des frais de scolarité, des déplacements ou des formations complémentaires.

Un projet exigeant et transformateur

Se reconvertir pour devenir psychologue est un projet exigeant, structurant et profondément transformateur. Il demande de la patience, de la rigueur, de la curiosité intellectuelle et un engagement humain très fort. Mais il offre aussi une nouvelle identité professionnelle, un métier porteur de sens et une contribution réelle au mieux-être de ceux que vous accompagnerez.

Si cette reconversion résonne avec votre parcours ou vos aspirations, sachez une chose : elle est possible, réaliste, concrète, et elle peut devenir l’un des plus grands accomplissements de votre vie professionnelle. Prêt à vous lancer ?

 

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